Hébergement vert : pour un stockage durable des datas

L’usage et l’hébergement de nos données numériques sont certainement les deux plus gros enjeux de l’impact environnemental des technologies de l’information et de la communication. Chacun à notre échelle, nous pouvons facilement agir pour un usage plus responsable de ces données. En revanche, la question de leur hébergement implique dans une plus grande mesure les acteurs du marché de la data.

L’objet de cet article est donc d’évoquer les avancées de ces acteurs et la manière dont nous pouvons favoriser leurs actions à impact positif. Que ce soit dans le domaine de l’hébergement à proprement parler, dans celui de l’économie circulaire des infrastructures de données numériques ou dans celui des solutions web, il existe de nombreux projets permettant de réduire notre empreinte environnementale.

Mais d’abord, petit retour en arrière…

Pollution des datas : l’accélération de l’histoire

1976. Deux geeks, deux Steeve, lancent le premier ordinateur personnel sous le regard inquiet des géants IBM, Attari et Commodore. Ils l’ont développé entre le lave-linge et les vélos de la famille Job et s’apprêtent à se laisser happer par le tourbillon de la révolution numérique.

Dix-huit ans plus tard, en 1994, on n’a pas tellement avancé…

Gérard Théry, Polytechnicien et Ingénieur général des télécommunications, remet en grande pompe, au Premier ministre français, son rapport sur « Les autoroutes de l’information ». Visiblement adepte de l’humour par l’absurde, il y déclare sans sourciller au sujet d’internet :

« Son mode de fonctionnement coopératif n’est pas conçu pour offrir des services commerciaux. Sa large ouverture à tous types d’utilisateurs et de services fait apparaître ses limites, notamment son inaptitude à offrir des services de qualité en temps réel de voix ou d’images. »

Et ce n’est pas tout ! Car Monsieur l’expert de poursuivre son one man show :

« Les limites d’Internet démontrent ainsi qu’il ne saurait, dans le long terme, constituer à lui tout seul, le réseau d’autoroutes mondial. »

Est-ce à dire qu’il y aurait à Polytechnique plus d’ingénus que d’ingénieurs ? Loin de moi cette mauvaise pensée…

Il n’en demeure pas moins que l’histoire d’internet a fini par trouver la pédale de l’accélérateur.

green data centers

En 2025, les technologies de l’information et de la communication émettront plus de gaz à effet de serre que les voitures.

Comment en est-on arrivé à cet état de fait alors que les premiers observateurs avertis n’auraient pas misé un copeck sur l’avenir du web ?

Justement, n’en déplaise à notre polytechnicien oraculaire, on en est arrivé là parce que la toile a bâti pour l’information un réseau mondial d’autoroutes sans précédent, gavés à la donnée par des serveurs informatiques toujours plus nombreux et toujours plus énergivores.

Ne serait-ce qu’en France, ces data centers étaient déjà sur un rythme de consommation d’électricité de 3TWh par an en 2015, consommant donc plus d’énergie à eux seuls que toute la ville de Lyon sur la même période. Or, leur nombre a été multiplié par 1,5 depuis 2015.

De fait, en 2020, la population mondiale mettra dorénavant deux ans à produire l’équivalent en données de ce qu’elle a produit entre le début de notre ère et l’année 2003.

Plusieurs millénaires de production ramassés en une petite vingtaine d’années : là voilà l’accélération de l’histoire de l’histoire des datas.

Malheureusement, et j’espère que vous me pardonnerez cet élan de scepticisme, mais je doute que cette accélération soit à mettre sur le compte de nouveaux Aristote, Copernic, Pasteur et autres producteurs emblématiques de données dans l’histoire de notre espèce.

C’est une des raisons pour lesquelles je me range volontiers dans les pas de ceux qui dénoncent la « pollution des données numériques », pollution à la fois intellectuelle et physique.

Les États ont beau afficher leurs velléités de contention de la croissance de ces datas à coup de RGPD et de mesures de contrôle, ces dernières continuent de se démultiplier à cause de l’augmentation du nombre d’appareils et d’infrastructures connectés au cloud.

Et pour cause, qui, de nos jours, se demande ce qu’est le cloud, concrètement, matériellement, ou même s’il consomme de l’énergie ?

Ce cher cloud : d’un nuage l’autre

On aurait tout à gagner à faire rentrer dans la tête de nos congénères cette évidence que la dématérialisation par le digital est un slogan d’escrocs. Ce serait une prise de conscience susceptible de nous faire gagner du temps et de l’argent dans notre transition écologique.

Sans parler de l’effet dopant d’une telle approche pour votre charisme en soirée…

pollution internet

Ce qu’on dématérialise en le transformant en données numériques, on le rematérialise instantanément dans des espèces d’armoires remplies de boîtes à pizza électroniques empilées les unes sur les autres. Armoires qui carburent au charbon, car on les trouve essentiellement dans des régions comme le nord de la Virginie, où le mix énergétique fait la part belle à l’électricité carbonée.

Or, de l’électricité, il en faut en quantités inimaginables pour alimenter et refroidir les datas centers. Nos e-mails, nos vidéos, nos recherches, tous les actes que nous réalisons en ligne font tourner à plein régime ces quelque 3200 centres de données à travers le monde.

En termes de consommation électrique, cela représente l’équivalent de la production de 30 centrales nucléaires.

Bienvenue à Big Data !

La température extérieure y est de plus en plus agréable et nos avatars ont l’air d’y vivre plutôt heureux, non ? Du moins, si l’on en croit les joyeux selfies qu’ils s’y échangent en masse.

Plus sérieusement, stockage de nos données et consommation d’énergie sont absolument indissociables à l’ère du cloud computing. Ce nuage, qu’on se plaît à imaginer douillet à souhait et dans lequel les GAFAM hébergent l’existence de nos avatars digitaux, dissimule en réalité une épaisse fumée noire saturée en molécules de gaz carbonique, de méthane, d’oxydes d’azote et de souffre.

Alors, pour s’ouvrir une fenêtre de ciel bleu, il va falloir se mettre au vert rapidement !

Et, comme ni l’informatique quantique, ni la bio-informatique ne semblent assez mûres pour permettre dans les prochaines années une transition numérique économe en énergie, notre meilleure marge de manœuvre actuelle repose sur les solutions écologiques de stockage des données.

Bonne nouvelle, ces solutions existent d’ores et déjà et il en apparaît régulièrement de nouvelles, qui ne donnent pas toutes la priorité aux mêmes leviers de développement durable.

Ces green data centers qui consomment mieux l’énergie

La notion d’efficacité énergétique est au cœur de la problématique de la pollution des datas. C’est d’ailleurs l’argument préféré de Google, qui, s’il a arrêté de publier officiellement son Power Usage Effectiveness (PUE), continue de communiquer sur l’optimisation énergétique de ses centres de données.

Il y a encore quelques années, l’indicateur d’efficacité énergétique moyen sur le marché de l’hébergement numérique avoisinait le chiffre de 2,5. En clair, lorsqu’un serveur consommait 1 watt pour exécuter une requête, le data center consommait 1,5 watt de plus pour faire tourner le serveur et le refroidir.

Pour faire baisser cet indicateur, les hébergeurs agissent essentiellement sur :

  • La performance énergétique des composants utilisés dans leurs infrastructures de stockage
  • Le niveau d’utilisation de leurs centres de données par rapport à leur capacité maximale de stockage
  • Le refroidissement des serveurs, en privilégiant le free cooling (refroidissement par l’air ambiant) à la climatisation, notamment dans les pays où le climat s’y prête.

Ce faisant, ils parviennent à réaliser d’importantes économies d’énergie.

Aujourd’hui, on évalue par exemple le PUE de Google à environ 1,2 (0,2 watt consommé par le data center pour 1 watt consommé par une requête). C’est bien, mais il existe plus efficace sur le marché.

Sans compter que, pour réduire l’empreinte carbone de la consommation d’électricité des centres de données, il faut absolument envisager ensemble l’efficacité énergétique et l’origine de l’électricité utilisée. Or, bien que Google fasse des efforts sur la question, une partie non négligeable de l’électricité utilisée par ses serveurs provient encore des centrales à charbon :

hébergement vert

Un PUE d’1,2 couplé à un approvisionnement en électricité partiellement carbonée, c’est toujours trop d’émissions de CO2 dans l’atmosphère pour atteindre la neutralité carbone.

Chez Wyneo, on s’est tourné vers la solution d’hébergement proposée par Ethical Minds. À Strasbourg, au cœur de l’Europe, ils ont développé un des centres de données les plus écologiques du continent :  Datadock. Son PUE est de 1,12. Mais surtout, ses serveurs sont alimentés en énergie renouvelable.

Si vous voulez faire comme nous, dites-leur qu’on vous envoie et ils vous feront certainement un prix.

Mais on n’est pas sectaires et, si vous faites appels à d’autres hébergeurs verts, c’est très bien aussi. En voici 6 qui font partie des acteurs de référence dans le domaine :

  • Infomaniak
  • PlanetHoster
  • A2 Hosting
  • GreenGeeks
  • HostPapa

Du reste, si vous n’avez pas vous-même de site internet, de solution web ou de stock de données à héberger, vous pouvez toujours inciter les personnes de votre entourage qui en ont à passer aux serveurs verts.

Les infrastructures d’hébergement qui recyclent la chaleur fatale des données numériques

Pour réduire l’empreinte carbone des serveurs informatiques, une autre solution consiste en la récupération de leur chaleur « fatale », c’est-à-dire la chaleur qu’ils produisent en fonctionnant et dont on ne fait normalement aucun usage.

En procédant ainsi, on ne réduit pas les émissions de CO2 liées à la consommation d’électricité des serveurs, mais on les compense en recyclant la déperdition d’énergie. C’est une approche par l’économie circulaire appliquée au numérique, qui apporte elle aussi une réponse efficace à la problématique du développement durable.

Certes, ce genre de démarches ne court pas encore les rues, mais le marché commence à s’étoffer.

Dans le 13e arrondissement de Paris, par exemple, le studio de dessin animé TeamTo héberge ses données dans des chaudières numériques situées sous la piscine de la Butte-aux-Cailles Ce dispositif permet de chauffer l’eau à 27°C, action qui aurait normalement entraîné l’émission de 45 tonnes de CO2 par an.

La facture d’électricité de la Mairie de Paris baisse en même temps que l’empreinte carbone de TeamTo et de la piscine…

Tout cela grâce à la startup Stymergie, à la fois hébergeur écologique et spécialiste de la chaudière numérique. Leur service peut donc intéresser le secteur de l’immobilier autant que celui des entreprises friandes de datas.

Bouygues travaille aussi sur cet enjeu, en développant des data centers prêts à l’emploi pour des infrastructures qui voudraient venir se brancher dessus et récupérer la chaleur. La difficulté principale étant que les infrastructures pour chauffer une piscine, un immeuble ou un réseau d’eau sanitaire ne sont pas les mêmes ; ce qui n’est pas sans poser des problèmes de compatibilité avec le centre de données.

Un autre acteur français qui devrait compter de plus en plus sur le marché de la transformation de la chaleur fatale des ordinateurs : Qarnot Computing.

Dès 2010, ils ont commencé à plancher sur le développement d’une chaudière fonctionnant avec la chaleur produite par des calculateurs informatiques mis à la disposition d’entreprises. Mais, depuis, leur offre de services s’est considérablement diversifiée, notamment autour des problématiques d’autonomie numérique des bâtiments professionnels et de circulation intelligente et durable des données au sein de l’habitat.

Allez jeter un coup d’œil sur le site : ça vaut le détour ! Ils ont même conçu un « crypto-radiateur », qui rémunère ses utilisateurs en même temps qu’il les chauffe.

Voilà en tout cas de quoi retrouver un peu de confiance en l’avenir du big data et donner plus de poids à l’idée qu’il faut envisager la circulation des données numériques et celle de l’énergie comme deux problématiques conjointes.

Les solutions web qui épaulent les internautes dans le stockage écologique de leurs données

Si les entreprises de la tech ont un rôle évident à jouer dans la conception de data centers à empreinte carbone neutre (voire négative), elles peuvent aussi mettre au service des internautes des solutions web écologiques. En tant qu’utilisateur, on renonce difficilement au confort d’un service auquel on s’est habitué, si ce n’est pour adopter un service aussi confortable.

De ce point de vue, les solutions web qui incitent le plus les internautes à alimenter en données les data centers sont les applications de sauvegarde dans le cloud, comme DropBox, Google Drive ou One Drive. Malheureusement, à ma connaissance, il n’existe pas encore de solutions réellement équivalentes pour les particuliers et dont le bilan carbone serait neutre. Quitte à choisir entre les trois géants, j’aurais donc tendance à recommander OneDrive, qui est hébergé sur les serveurs Microsoft Azure et me paraît être le plus avancé des trois sur le long chemin du développement durable.

Cela dit, il existe des logiciels libres alternatifs qui, hébergés à peu de frais par l’utilisateur lui-même sur un green data center, peuvent répondre encore mieux aux objectifs environnementaux.

Je pense notamment à NextCloud, qui est sûrement le plus connu dans le domaine. Forcément, cela demande un minimum de compétences techniques pour mettre en place son propre environnement. Mais rien d’insurmontable pour une petite entreprise, par exemple.

Qui plus est, la plupart des hébergeurs verts proposent aujourd’hui leurs propres solutions web de stockage et de partage des données, à des tarifs tout à fait accessibles aux petites, moyennes et grandes entreprises.

Pour en revenir aux particuliers, l’autre pilier du stockage de données, sur lequel il est pour le coup plus facile d’agir, réside dans le logiciel de messagerie.

empreinte carbone email

Pour agir sur la baisse de nos émissions, il est indispensable de diminuer notre consommation de mails et à passer par un prestataire qui les fait circuler de manière aussi écologique que possible.

Encore une bonne nouvelle, ces prestataires existent. En voici au moins deux, dont l’efficacité est avérée :

Et je ne doute pas qu’il en existe d’autres tout aussi sérieux.

Enfin, pour ceux d’entre vous qui seraient amenés à mettre en ligne un site web, les outils que vous utiliserez pour cela sont aussi un levier à ne pas négliger pour rendre notre rapport aux données plus écologique.

Sur un site web, chaque requête de serveur consomme de l’électricité, côté site et côté utilisateur. Alors autant alléger au maximum le volume de données qu’elles font transiter.

Quelques idées de bonnes pratiques à mettre en œuvre :

  • Des designs simples
  • Moins d’images et des images à faible résolution
  • Moins de JavaScript et plus de technologies économes en ressource (Flash, par exemple)

Bénéfice collatéral : le temps de chargement de vos pages s’en trouvera réduit ; ce qui favorisera votre référencement naturel dans les moteurs de recherche.

En revanche, et je vous abandonne sur cette dernière recommandation, oublions le si prisé « dark mode », qui est devenu avec le temps une fausse bonne idée…

Si les écrans CRT de nos anciens ordinateurs utilisaient plus d’énergie pour afficher les couleurs claires, les nouveaux moniteurs LCD fonctionnent à l’inverse et utilisent plus d’énergie pour afficher les couleurs sombres. Or, aujourd’hui, les écrans LCD sont les plus répandus.

À vous les studios !

Sources (à consommer avec modération) :

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